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LES DÉMONS DU PASSÉ

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kimi2008

Description :

La FanFiction du forum "Invincible", d'après l'oeuvre de Gô Nagaï.

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Les démons du passé : la fanfic du forum "Invincible" !

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#Posté le lundi 07 juin 2010 10:20

Modifié le dimanche 24 octobre 2010 03:50

Les démons du passé : la génèse

Les démons du passé : la génèse
Bonjour à tous,

Le dernier épisode de "Goldorak" (#74. "Ce n'est qu'un au-revoir") a laissé un curieux goût d'inachevé pour la plupart des fans ... Cette fin, relativement rapide et décevante, ne s'est pas révélée à la hauteur de la série.

Nombre d'entre nous se sont lancés avec talent dans l'écriture d'une fin digne de ce nom ou dans de nouvelles aventures du "robot de lumière et d'acier". Et les membres du forum "Invincible" n'ont pas fait exception à la règle !

La génèse

C'est à partir d'une idée lancée par l'un des membres du forum que ce projet a vu le jour. Plusieurs "réunions" et "rencontres" via msn ont permis d'explorer de nombreuses pistes pour que ce projet soit cohérent et tout à fait dans "l'esprit" de la série. Nombre de questions ont été soulevées : comment allaient évoluer les personnages ? Comment certains d'entre eux reviendraient-ils sur Terre ? Quels ennemis leur opposer ? Fallait-il prendre le risque de leur donner des adversaires radicalement nouveaux ou, au contraire, rester dans un environnement familier ?

Tous ces thèmes ont été débattus sur le forum "Invincible" entre les différents "membres" du projet (vous pouvez accéder à l'historique de ces échanges en cliquant sur les liens ci-après).


http://www.fire-soft-board.com/~invincible/sujet.php?sujet=869

http://www.fire-soft-board.com/~invincible/sujet.php?sujet=1234


De ces échanges passionnés et très enrichissants sont nés une nouvelle histoire, de nouveaux personnages et de nouveaux éléments qui ont permis d'enrichir ces personnages qui nous tous marqués quand nous étions enfants (ben oui, j'avais quatre ans en 1978 ...).


Le passage à l'acte

Le projet s'est également basé sur la fanfiction écrite par une artiste de talent, Cathy Sugiyama (elle aussi membre du forum "Invincible"). Ces "Heures oubliées" ont dépeint de façon aussi subtile qu'émouvante les dernières heures des principaux protagonistes de la série, jusqu'à l'inéluctable départ d'Actarus et de Phénicia vers leur planète natale.

C'est en restant fidèle à la série originale et à cette histoire (qui a lancé un nombre considérable de pistes pour l'avenir !) que cette fanfiction a vu le jour. Et les choses ne se sont pas vraiment passées comme prévu !

Au début simple histoire courte (une dizaine de chapitres au départ), l'histoire s'est progressivement étoffée, devenant à chaque chapitre un peu plus complexe ...

Nous avons fait également en sorte à ce que cette histoire ne se limite pas non plus à une suite de scènes de combat mises bout à bout les unes après les autres, selon le principe de la série "un épisode / un ennemi". Tous les personnages, y compris ceux qui sont du mauvais côté de la barrière, sont traités avec les mêmes égards que les héros que nous connaissons tous ...


Pour finir ...

A titre personnel, j'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire cette histoire que j'en ai eu à l'écrire ... Ce sera là le plus beau cadeau que vous pourrez nous faire !

Bonne lecture !!!

Un grand merci à Coqueluche05 , artiste de talent et amie proche, pour l'illustration de couverture. Vous aurez d'ailleurs l'occasion de découvrir d'autres de ses oeuvres dans les pages qui viennent ...
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#Posté le mercredi 16 avril 2008 05:59

Modifié le vendredi 09 mars 2012 14:58

Les démons du passé : à voir et à savoir !!!

Bonjour à tous,

Ne vous étonnez pas si vous ne retrouvez plus aucun article sur ce blog qui héberge la fanfic "Les démons du passé" au cours de ces prochains jours.

En effet, vu que cette histoire prend des proportions démesurées (et c'est peu de le dire !), je suis en train de reprendre les chapitres UN PAR UN depuis le départ pour établir une chronologie chiffrée (mois, semaines, jours et heures quand l'action l'exige).

Dans cette optique, certains chapitres ont été modifiés et d'autres ont été rajoutés pour donner une plus grande cohérence à l'ensemble. De ce fait, ces chapitres "remis à jour" ne correspondaient plus vraiment à ce qui était en ligne. Néanmoins, tout sera remis sur le blog une fois cette opération terminée !

Donc, un peu de patience !!!

Kimi.
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#Posté le mardi 13 janvier 2009 10:43

Modifié le dimanche 24 octobre 2010 03:50

Les heures oubliées ...

Les heures oubliées ...
Bonjour à tous !

Avant de commencer à remettre en ligne la FanFiction "Les démons du passé" dans sa version "revue et corrigée", je profite de ce petit article pour rendre une nouvelle fois hommage à Cathy Sugiyama et à sa FanFiction "Les Heures oubliées".

Pour ceux et celles qui n'auraient pas eu l'occasion de la lire, je vous suggère d'aller faire un tour sur le forum "INVINCIBLE" (dans sa nouvelle configuration !). Un topic complet y est consacré.

http://invincible-goldorak.forumactif.net/fan-fictions-f16/la-fanfic-de-cathy-les-heures-oubliees-t40.htm


L'illustration de couverture des "Heures oubliées", oeuvre de Cathy Sugiyama est présentée ici avec l'autorisation de l'auteur. En respect de son travail, merci de ne pas l'utiliser sur d'autres sites ou blogs.
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#Posté le samedi 30 mai 2009 09:47

Modifié le vendredi 09 mars 2012 14:54

Les démons du passé - chapitre #000 : "Tout recommencer ..."

CHAPITRE #000 - TOUT RECOMMENCER ...


Cela faisait déjà quelques heures que Goldorak avait quitté l'atmosphère terrestre et était passé en vol sub-spatial. La vitesse atteinte était proche de celle de la lumière, et n'importe quel voyageur, transitant dans cette partie de l'espace, n'aurait vu qu'une traînée lumineuse passer devant ses yeux. Il ne pourrait pas imaginer qu'il s'agissait d'un vaisseau spatial.

A l'intérieur de la cabine de pilotage, située dans la soucoupe porteuse de Goldorak, tout était on ne peut plus calme. Actarus et Phénicia, les deux seuls rescapés de la planète Euphor, allaient revoir leur terre natale, pour la première fois depuis presque quatre ans. Quatre ans. Presque une éternité pour eux, mais rien comparé à l'échelle de l'espace. Quatre ans. Cette date était gravée à jamais dans leur mémoire, car c'est à cet instant précis que leur vie avait basculé à jamais. Rien ne serait plus comme avant.

Tout avait changé avec l'invasion d'Euphor par les troupes de la Division Ruine. Rien ne pouvait laisser supposer un acte aussi monstrueux. D'autant plus que les relations entre Euphor et Stykadès étaient cordiales, du moins en ce qui concernait la reine de cette dernière planète. La reine Cydonia entretenait des relations privilégiées avec la reine Astrida, la mère du prince Actarus et de la princesse Phénicia, car elle avait elle aussi des enfants : deux filles, l'une avait pour nom Végalia, l'autre Végalina.

Cette dernière était presque toujours restée dans l'ombre de sa s½ur, et n'avait que rarement entrevu la lumière du jour qui ne s'était offerte à elle que lors de quelques escapades sur Euphor ; quelques jours, pendant lesquels elle oubliait sa vie austère qui était bien loin de celle qu'on aurait pu supposer être celle d'une princesse de son rang.

Ces échanges cordiaux n'étaient pas du goût de tous. Si le roi d'Euphor voyait cela d'un ½il bienveillant, comme un gage de paix entre les deux planètes, le Grand Stratéguerre se montrait nettement plus réticent à accepter cet état de fait, car cela nuisait au projet qu'il caressait depuis plusieurs années : la domination des mondes. A commencer par ceux qui se situaient dans la nébuleuse de Véga. Il n'avait rien laissé au hasard et s'était donné les moyens de ses ambitions. Il avait, dans le plus grand secret, donné naissance à la plus grande armée que l'on n'ait jamais vue : des centaines, des milliers d'hommes qui bénéficiaient des technologies les plus évoluées, les plus meurtrières. Tout cela dans un seul but : détruire.

La « terre de l'ange blond » fut la première planète conquise. Sa conquête fut violente, mais brève, à l'issue de laquelle elle prit un nouveau nom : Akérèbe la Rouge. Cette première étape était logique, car il s'agissait de la planète de la nébuleuse la plus richement dotée en ressources naturelles. Le Grand Stratéguerre savait qu'il disposerait à présent des ressources suffisantes pour se lancer à l'assaut des autres planètes environnantes. Euphor serait la prochaine sur la liste.

Les projets de mariage entre Actarus et Végalia n'y résistèrent pas. Les troupes de la Division Ruine débarquèrent en force, faisant intervenir non seulement des milliers de soldats mais aussi les premiers prototypes d'effroyables machines de guerre, qu'elles soient autonomes ou commandées par des pilotes d'élite. Tout était allé si vite ... et les quelques résistants qui avaient essayé de se dresser contre l'envahisseur furent bien vite réduits au silence, et connurent souvent une mort atroce, dans de douloureuses expériences scientifiques. Ceux qui avaient un quelconque talent à faire valoir ou présentaient un intérêt certain, furent en revanche faits prisonniers : Actarus en faisait partie.

C'est avec tous ces mauvais souvenirs en tête que le prince d'Euphor poursuivait sa route en direction de la terre qui les avait vus naître, sa s½ur et lui. Installée derrière lui, Phénicia gardait le silence. Elle était à priori ravie de retourner sur Euphor. Mais son esprit était ailleurs. Il était resté sur Terre. Le visage d'Alcor était resté gravé dans sa mémoire et elle ne parvenait pas à l'effacer. Elle voulait mettre de côté ses sentiments personnels en se disant que la tâche qui l'attendait elle et son frère serait immense, qu'elle n'aurait pas le temps d'y songer, mais elle n'y parvenait pas. Elle restait silencieuse et ne fut tirée de sa rêverie que par la voix de son frère.

- Phénicia ! Euphor est en vue !!!

Elle sourit. Elle n'avait pas beaucoup de souvenirs de l'endroit où elle avait vu le jour. Mais le fait de le voir, pour la première fois depuis si longtemps, ne pouvait la laisser insensible.

- Maintenant, nous allons tout pouvoir recommencer ...

Tous deux étaient déjà fortement émus. Comme Végalia l'avait montré à Actarus sur les photos prises, alors qu'elle s'en retournait retrouver son père, au Camp de la Lune noire, Euphor avait retrouvé son atmosphère. Elle était redevenue habitable. Du moins en apparence. Ils ne savaient pas encore ce qu'ils allaient trouver.

Actarus repensa aux dernières paroles que lui avait adressées Rigel, peu avant le départ. « Si ça se trouve, il ne reste d'Euphor qu'un vulgaire caillou ... ». Il lui avait fait part, comme tout le monde, de son envie de les voir rester à leurs côtés. Les adieux avaient été pénibles pour tous. Mais ils s'étaient promis de se retrouver bientôt, même s'ils ne savaient pas encore quand ils en auraient l'occasion.

Euphor n'était plus qu'à quelques dizaines de kilomètres, maintenant. Il savait ce qu'il avait quitté : un monde autrefois florissant, qui fut ravagé par la folie des hommes de Véga et par les troupes de la Division Ruine. Ces scènes d'horreur resteraient imprimées dans sa mémoire, pour toujours.

Il venait à peine d'avoir dix-huit ans. Dans les années à venir, quand le moment serait venu, il succéderait à son père pour devenir roi à son tour. C'était dans la logique des choses. Mais les drames qui allaient suivre empêcheraient ce projet de voir le jour.

Actarus essayait de faire abstraction de tout cela pour se concentrer sur le moment présent. Il fallait désormais pénétrer dans l'atmosphère d'Euphor, puis essayer de retrouver ce qui en avait été la capitale. Cela prit quelques minutes. Il avait ralenti sa vitesse et tentait de se repérer en fonction de ses souvenirs. Il ne fallait pas compter sur les instruments de bord de Goldorak, car même si l'air était redevenu respirable, il devait subsister encore des particules radioactives qui pouvaient affecter leur bon fonctionnement. Les explosions qui avaient ravagé la capitale, ses environs et les autres villes, avaient été particulièrement violentes et meurtrières. Il ne devait pas l'oublier.

Les turbulences se faisaient de plus en plus fortes. Actarus devait garder son sang-froid et agir comme il l'avait toujours fait : avec calme. Une simple fausse man½uvre ou une erreur d'appréciation pouvait lui coûter cher, d'autant plus qu'il n'était pas seul. Finalement, son objectif se matérialisa devant lui. Ce n'était pas vraiment ce à quoi il s'attendait. Il se rappelait que les destructions subies par la capitale étaient gravissimes. Mais pas à ce point.

Il ne restait pas grand-chose de ce qui avait été la capitale d'un royaume pacifique, où tout n'était que paix et tranquillité. On ne voyait que des pierres calcinées, des éclats de métal et des amas de débris. Et des habitations à l'architecture audacieuse, dont la conception résolument novatrice semblait dépasser les rêves les plus fous des visiteurs étrangers, il n'en restait que des souvenirs.

La silhouette du palais royal, en dépit de son état de délabrement avancé, était par contre toujours reconnaissable. Mais il faudrait encore des mois, des années peut-être, pour qu'il retrouve tout son éclat. Ce ne serait pas pour tout de suite, pensa-t-il. Le parvis du palais était aussi jonché de débris. Pas question pour Goldorak de se poser ici. Il faudrait trouver un autre terrain d'atterrissage. Il en existait un, un peu plus loin. C'était là qu'il fallait aller. Une fois posés, Actarus et Phénicia se regardèrent. Il était temps maintenant pour eux de fouler le sol d'Euphor. Pour la première fois depuis quatre ans.

La vitre du poste de pilotage s'ouvrit. Actarus en sortit le premier et aida sa s½ur à en faire de même. Ils se jetèrent de nouveau un regard complice et puis, en se tenant par la main, sautèrent de la soucoupe porteuse pour se retrouver à terre. Il releva la visière de son casque. Ils ressentirent tous deux une sensation étrange et inconnue. Ils avaient l'impression d'être des étrangers. Rien ne ressemblait à ce qu'ils avaient connu par le passé, hormis quelques fragments de monuments ou l'aspect ravagé du palais royal, là où ils avaient tous deux passé leur enfance. Une enfance heureuse.

Actarus leva la tête et regarda le ciel. Un ciel rouge, qui s'était, au fil des mois, progressivement éclairci. Le ciel bleu d'avant l'invasion était bien loin. Mais qui sait ? Peut-être qu'un jour, il finirait par réapparaître. Mais ce n'était pour le moment qu'un rêve. Même pas une lueur à l'horizon.

Il regarda ensuite autour de lui. Phénicia en fit autant. Elle était si jeune quand tout était arrivé. Elle se sentait un peu perdue, et ne manqua pas de le faire savoir à son frère, qui était toujours à ses côtés.

- J'ai peur, Actarus. J'ai une sensation désagréable qui me traverse l'esprit. Je pensais trouver autre chose. Ça ne correspond pas à l'idée que je m'en étais faite au départ ...

- Il est normal que tu sois un peu dépaysée, Phénicia. Comparée à la Terre que nous venons de quitter, Euphor n'est pour l'instant qu'un monde encore désert, mais qui reviendra bientôt à la vie.

- Je ne me rappelle pas vraiment ce qui s'est passé lorsque les troupes de la Division Ruine ont envahi notre planète. Tout est si flou ... Je n'ai que des bribes de souvenirs. Des images. Rien de plus.

- Ce ne sont pas de bons souvenirs, Phénicia. Tu n'étais qu'une jeune fille comme les autres lorsque tout cela est arrivé. Nous n'étions pas au palais quand tout a commencé. Tout s'est passé si vite ... et nous ne nous attendions pas à cela.

- Je me rappelle t'avoir supplié de ne pas me laisser toute seule, de m'emmener avec toi, loin de cet enfer. Tu étais au milieu des flammes et tu avais fini par disparaître dans cette fournaise. C'est la dernière image que j'ai gardée de toi ... Jusqu'à ce que nous nous retrouvions là-bas, sur Terre, bien des années plus tard.

- Oui, je le sais. Mais je voulais te protéger. Tu devais rester avec notre précepteur, pour qu'il te mette en sécurité. Je ne savais pas ce que j'allais trouver en te laissant derrière moi. Mais il était de mon devoir de lutter contre l'envahisseur. D'essayer de défendre le palais où nos parents étaient encore présents. Je ne savais pas encore que j'allais arriver trop tard. Bien trop tard pour les sauver.

- Tu n'as rien à te reprocher, Actarus. Nos adversaires étaient supérieurs en nombre et leur puissance de feu dépassait de loin tout ce que l'univers avait déjà connu. Tu n'aurais rien pu faire ...

- Je ne peux pourtant pas m'empêcher de penser le contraire, Phénicia. J'aurais peut-être pu faire quelque chose pour les sauver et les arracher à la mort qui leur était promise. Je les ai vus mourir, sous mes yeux. Cette vision me hante constamment. Je voudrais, l'espace d'un instant, faire disparaître ces mauvais souvenirs de ma mémoire. Mais je suis incapable de le faire.

Phénicia, toujours casquée, s'approcha et le prit par la main. Il se sentait révolté. Il s'en voulait d'être resté impuissant face à la bestialité des troupes de la Division Ruine. Ce n'était pas sa faute, mais il était l'un des deux rescapés de la famille royale d'Euphor. Il y en avait peut-être d'autres, quelque part. Peut-être y avait-il également des survivants ? Et qui auraient par miracle échappé aux armées destructrices de Véga ? Nul ne pouvait répondre à ces questions. Et Actarus moins que quiconque.

Tous deux se dirigèrent vers l'entrée du palais royal. Les couloirs étaient déserts, jonchés de gravats. Ils semblaient ne pas avoir de fin. Tout paraissait si mort qu'ils se demandèrent pourquoi ils étaient venus ici. Ils ne trouveraient rien. Hormis des souvenirs et peut-être des restes humains, si toutefois il en restait encore. Cette perspective leur glaçait le sang, mais les différentes explosions et les radiations qui en avaient découlé la rendaient hautement improbable.

Ils se retrouvèrent enfin dans la grande salle, le c½ur du palais, là où se tenaient les grandes fêtes et autres banquets, dont les souvenirs restaient si flous dans leurs mémoires. Le jeune homme jeta un ½il au fond de la pièce, là où étaient censés se trouver les trônes du roi et de la reine. C'était là-bas qu'il avait retrouvé le corps sans vie de sa mère, Astrida, abattue par un homme de Véga. Celui qui se faisait appeler Sogrady. Celui qu'Actarus avait vaincu à son tour lorsqu'il était venu le défier sur Terre. Il se rappelait encore son visage démoniaque et le sourire presque pervers qu'il affichait. Il l'avait tué par devoir, mais aussi par plaisir. Il versa une larme. « Pardon père, pardon mère de ne pas avoir pu vous sauver tous les deux. Pardon à vous tous, mes amis, mes frères. J'aurais tant voulu vous sauver ... tous ».

Il était seul avec sa peine. Phénicia s'était éloignée de lui et avait suivi une autre direction, un autre couloir, dont l'issue lui était inconnue. Elle le parcourut avec anxiété, jusqu'à ce qu'il se termine. Elle venait d'arriver dans ce qui avait visiblement été un jardin. Elle était incapable de se souvenir à quoi cela pouvait ressembler. Il ne restait guère qu'un peu de sable et quelques pierres portant encore les stigmates de l'invasion, à la place de ce qui fut un jardin magnifique, peuplé de fleurs d'espèces diverses et variées, et au milieu duquel coulait une rivière. Seule la trace du lit de celle-ci était encore identifiable.

Actarus la rejoignit quelques instants plus tard. Phénicia ne se rappelait peut-être plus cet endroit, mais lui ne l'avait pas oublié. C'était ici qu'il avait rencontré Végalia et sa jeune s½ur pour la première fois. A l'époque, il était jeune et insouciant. Dans ces moments de tranquillité et loin du protocole, il oubliait tout et, les quelques moments qu'il avait passés et qu'il passerait encore avec Végalia, ne faisaient que renforcer les sentiments qui commençaient à naître en eux. Peu de temps avant que l'invasion ne survienne, Végalia lui avait fait part de ses véritables intentions. Elle disait vouloir se marier. Ce qui l'avait pris au dépourvu. Il ne s'y attendait pas, même si cette perspective n'était pas pour lui déplaire.

Il marqua un temps d'arrêt en regardant ce spectacle désolant. Phénicia le dévisagea. Elle comprit rapidement ce à quoi il songeait. Mais alors qu'elle allait lui poser une question, ce fut lui qui prit la peine de parler le premier.

- C'est peut-être ici que s'est joué l'avenir de notre peuple, dit-il d'un air songeur.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là, grand frère ?

- Si nous étions parvenus à trouver un terrain d'entente, cette maudite guerre n'aurait sans doute jamais eu lieu. Notre mère, ainsi que la reine du royaume de Véga, dont je ne me souviens plus du nom, avaient envisagé un projet dans ce sens ... pour maintenir la paix entre nos deux mondes. Ce projet n'a jamais vu le jour.

- De quoi s'agissait-il ?

- Excuse-moi, Phénicia, mais je ne veux pas aborder ce sujet ... Cette blessure ne s'est pas encore refermée. J'espère que tu ne m'en veux pas. Je n'en ai jamais parlé à quiconque. Je ne me sens pas vraiment prêt pour ça.

Il ne disait pas la vérité. Il s'était déjà confié à Alcor, quelques temps avant que cette guerre ne se termine. Ce dernier avait été pris de court par cette révélation inattendue, mais il avait promis de garder le secret, pour éviter de nouvelles souffrances, pas seulement pour lui, mais aussi pour Vénusia, Phénicia et pour tous les autres.

Phénicia n'insista pas. Il n'avait pas envie de parler et elle respectait sa décision. Tous deux s'assirent sur des pierres gisant à terre et regardèrent l'horizon. Ils ne parlèrent plus et se contentèrent de respirer cet air dont la qualité ne pouvait que s'améliorer au fil des jours, des semaines et des mois à venir. Il n'y avait que le silence.

Actarus baissa la tête et versa une nouvelle larme. Il avait les yeux clos et il semblait se dégager de lui une infinie tristesse. Il ne pensait pas que cela serait si difficile à vivre.

Phénicia l'avait observé pendant un long moment. Elle ne se sentait pas aussi impliquée que lui, dans cette tragédie qui leur avait coûté si cher à tous les deux, peut-être parce qu'elle était encore bien trop jeune pour prendre réellement conscience de la gravité de la situation.

Les deux seuls rescapés de la famille royale d'Euphor étaient cependant, loin de se douter qu'ils étaient observés, depuis leur arrivée.

Ils s'étaient cachés dès qu'ils avaient entendu le bruit des réacteurs de Goldorak. Cela faisait déjà plusieurs années que l'invasion d'Euphor s'était produite. Mais ils ne l'avaient pas oubliée, car lui aussi avait participé à l'attaque, en compagnie d'autres monstres, sortis de l'imagination aussi fertile que malade des techniciens qui les avaient conçus. Leur puissance de destruction dépassait tout ce qu'il leur avait été donné de voir. Rien ne pouvait s'y comparer. Et rien ne pouvait sauver les habitants d'Euphor d'une mort certaine. Ceux qui s'en étaient tirés avaient eu de la chance. Beaucoup de chance.

C'était le cas pour ce petit groupe. Ils étaient à peu près une trentaine : quelques femmes, mais en majorité des hommes. Tous fixaient Goldorak, posé à quelques dizaines de mètres à peine. La haine qu'ils ressentaient à son égard était palpable dans l'air. Ainsi, il était donc revenu, sur les lieux du crime. Ses attaques avaient coûté la vie à des dizaines d'innocents. Il n'était pas le seul à avoir participé à l'invasion, loin de là, mais il était ici. Et pour eux, c'était largement suffisant pour éliminer son pilote, puis ensuite détruire cette machine du diable.

Le groupe se scinda en deux. Composé uniquement d'hommes solidement armés et comptant une quinzaine d'individus, le premier pénétrerait dans les vestiges du palais royal. Le second, dans lequel se trouvaient les femmes, les attendrait sur le parvis, où se tiendrait l'exécution de l'intrus qui avait osé venir fouler le sol d'Euphor, aux commandes de cet appareil.

Ils marchaient tous en file indienne, faisant preuve de la plus grande discrétion. Ils avaient atteint, puis dépassé la grande salle, avant d'emprunter le couloir qui les menait vers le jardin, où Actarus et Phénicia se trouvaient toujours. Cette dernière avait fini par enlever son casque. Ils n'avaient pas bougé et restaient toujours aussi silencieux. Ce silence fut rompu par deux détonations qui les firent sursauter. Ils n'étaient donc pas seuls, mais ils ne s'attendaient pas à se retrouver face à ce groupe fortement armé et aux intentions visiblement belliqueuses.

Celui qui semblait être le meneur se dirigea vers eux. Il était solidement armé, avec une arme dans chaque main. Sa peau était pâle, et son visage, couvert de cicatrices. Ses bras portaient également des traces de brûlures, signes d'une exposition prolongée au lasernium. Bien que déchiré en de multiples endroits, son uniforme bleu et vert, sur lequel était brodé le blason symbolisant la royauté d'Euphor, était parfaitement reconnaissable. Cet homme devait appartenir à ce qui avait été la garde royale. Il avait donc assuré la protection du palais pendant l'attaque. Mais, plus que cela, c'était la noirceur de son regard qui attirait l'attention. Ce qui ne laissait pas planer le moindre doute sur ses intentions.

- N'essayez pas de bouger, ni de vous défendre.

- Je n'en ai pas l'intention. Nous ne sommes pas armés et nous n'avons aucunement l'intention de vous faire le moindre mal, fit Actarus, calmement.

Celui qui se tenait à la droite du meneur s'avança à son tour. Il ne portait pas d'uniforme, mais lui aussi portait encore les marques de l'invasion : il avait de multiples brûlures aux bras et aux jambes. Le simple fait de marcher lui était très pénible, mais il avait appris à s'en accommoder. Ce n'était pas là son seul handicap puisqu'il respirait avec beaucoup de difficultés. Le ton de sa voix était cependant parfaitement clair.

- Cela n'a de toute façon aucune importance. Il est inutile d'espérer un geste de clémence de notre part. Suivez-nous. Au moindre geste suspect, nous nous ferons un plaisir de vous abattre et ce n'est pas une plaisanterie.

- Cela suffit, Messilas ! reprit le meneur. Puis, se tournant vers Actarus : je partage pleinement ses sentiments ainsi que tous ceux de mes compagnons ici présents. Mais contrairement à ceux de votre race, nous ne sommes pas des barbares sanguinaires. Suivez-nous.

- On ne va pas les laisser faire, quand même ? fit Phénicia à l'attention de son frère.

- Nous devons leur montrer que nous n'avons pas de mauvaises intentions à leur égard. Peut-être nous écouteront-ils par la suite. Gardons notre sang-froid.

Actarus se retourna vers le meneur. Tous deux se défièrent du regard. Il ôta son casque et le laissa tomber à terre. Peut-être qu'il reconnaîtrait son visage. Ce n'était visiblement pas le cas.

- Suivez-nous et quittez cet endroit, qui ne mérite pas d'être souillé davantage par votre présence. Notre peuple a déjà suffisamment souffert par votre faute.

- Votre sort est déjà réglé ... et soyez sûrs que vous allez payer pour tous les autres, ajouta celui qui se faisait appeler Messilas.

- Arrêtez ! ... vous ne pensez pas que ça suffit, maintenant ? fit Phénicia en serrant les poings.

- Silence, jeune fille, ou je t'abats sans hésiter ! répondit-il d'un ton méprisant.

- Très bien. Il est inutile d'insister. Nous vous suivrons sans la moindre discussion et ne tenterons rien qui puisse vous porter préjudice, reprit Actarus d'un ton posé, en direction du meneur.

- Vous savez vous montrer raisonnables. Je ne pensais pas rencontrer ce genre de comportement chez ceux qui ont mis notre planète à feu et à sang. Mais cela ne vous sauvera pas. Notre ami Messilas a parfaitement résumé la situation. Vous serez présentés à ceux qui nous attendent à l'extérieur et exécutés dans les minutes qui suivront.

- Non mais vous n'êtes pas malades ? Nous ne sommes pas venus ici pour nous battre ! cria Phénicia en leur direction.

- Je t'ai déjà dit de te taire, petite peste ! Ton comportement va te coûter cher ... Je vais m'empresser de te faire comprendre qui est le maître ici !

Messilas avait jeté son arme à terre et s'était précipité sur Phénicia, avec l'intention évidente de l'immobiliser ou de la blesser. Sa tentative ne serait pas couronnée de succès. Elle s'était poussée au dernier moment pour l'éviter et lui asséna un coup à la nuque. Il se releva et repartit à la charge, telle une bête sauvage, et termina cette fois, sa course dans un mur. Il lui faudrait un peu de temps pour reprendre connaissance.

Phénicia se tourna vers les autres membres du groupe qui la tenaient en joue. Au moindre geste, ils tireraient sur elle sans hésiter. Elle les défia du regard. Sa détermination ne faisait aucun doute et leur lança avec ranc½ur :

- Il n'a eu que ce qu'il méritait. Les membres de la famille royale d'Euphor ne devraient jamais avoir recours à ce genre de moyen pour se faire respecter ...

- Ça suffit, Phénicia. Ce n'est pas de cette façon que nous allons calmer les choses. Excusez-nous pour cet incident.

La phrase qu'avait prononcée Phénicia avait néanmoins jeté le trouble dans l'esprit de la plupart des hommes qui composaient ce petit groupe de résistants. Pourquoi donc cette jeune fille faisait allusion à la famille royale, alors qu'il n'y en avait plus aucun survivant ? Est-ce qu'elle les connaissait ? Est-ce qu'il existait un lien quelconque entre elle et la famille royale pour parler de la sorte ? Cela avait piqué leur curiosité. Tous reprirent le chemin de la sortie, à l'exception de Messilas, toujours inconscient. Il ne faisait cependant aucun doute que ses réactions seraient terribles quand il reprendrait ses esprits.

Quelques secondes plus tard, ils étaient sur le parvis, toujours jonché de gravats et de débris. La deuxième partie du groupe les attendait à l'extérieur. Les hommes étaient solidement armés, tout comme les quelques femmes présentes : quatre, cinq peut-être. Elles avaient à peu près le même âge. Chacune d'entre elles portait une robe longue de couleur différente, déchirée en plusieurs endroits. En dépit des conditions de survie difficiles auxquelles elles avaient été confrontées depuis l'ultime attaque de la Division Ruine sur Euphor, leur visage n'avait pas changé, contrairement à leur regard, empli de haine envers ceux qui se trouvaient à présent devant elles. Elles partageaient les mêmes pensées que celles de leurs compagnons d'infortune : les intrus devaient payer pour tous les autres.

Ils étaient là, devant eux. Tous les dévisageaient du regard. Ils n'attendaient qu'une chose : leur mise à mort. Deux hommes, solidement armés et semblant physiquement plus forts que les autres, se tenaient derrière eux, pour les empêcher de s'échapper. L'un d'eux, qui n'avait visiblement pas vu de jeune fille depuis quelques années déjà, serrait Phénicia d'un peu trop près. Cette situation ne lui plaisait guère et elle le lui fit clairement comprendre, en lui assénant un coup de coude au ventre qui le fit chuter au sol. Il ne lui fallut pas longtemps cependant pour se relever et la toiser du regard. Phénicia n'apprécia guère cette attitude et la trouva encore moins plaisante lorsqu'il la gifla.

Elle tomba à terre sous les yeux médusés d'Actarus qui ne put réprimer un cri. « Phénicia ! ». Elle le regarda et fit ensuite un signe de la tête, pour lui indiquer que tout allait bien. « C'est rien, grand frère, ça va passer ... Mais il ne perd rien pour attendre ... ».

Cette chute eut une autre conséquence. Le pendentif que Phénicia avait gardé dans sa poche tomba au sol. Le meneur entendit le bruit causé par sa chute. Il baissa les yeux et le regarda fixement. Il savait parfaitement de quoi il s'agissait. C'était impossible. Ce pendentif appartenait à la famille royale d'Euphor. C'était un bijou d'une valeur inestimable, présent dans cette famille, depuis des générations. Il était troublé. Ceux qui se tenaient à ses côtés le furent tout autant.

Il s'agenouilla et prit le pendentif. Aucun doute n'était possible. S'il était en possession de cette jeune fille, il ne pouvait y avoir que deux explications : soit ce bijou avait été volé, soit il avait affaire à un membre de la famille royale d'Euphor. Messilas, qui avait rejoint tout le monde entre temps, avait lui aussi assisté à la scène et intervint le premier.

- D'où tiens-tu ce pendentif, petite garce ?

- Ce pendentif est dans notre famille depuis des décennies. Et je vous conseille de modérer votre langage vis-à-vis de ma s½ur et de ce pendentif qui lui appartient, fit Actarus, qui restait d'un calme olympien.

- Tais-toi ! Tu ne sais même pas de quoi tu parles ! fit Messilas d'un ton méprisant. Finalement, je pense que je vais te tuer en premier et ce, de mes propres mains. Je m'occuperai ensuite de « ta s½ur ».

- Laisse-le s'exprimer, fit le meneur. Tu dis que ce pendentif est dans ta famille depuis bien longtemps déjà. Dans ce cas, connais-tu sa signification ? Sais-tu à qui il appartenait ? Fais attention à ta réponse. Une seule erreur et tu mourras.

Il fit un signe de la main aux hommes qui se tenaient derrière lui. Tous avaient à présent Actarus en joue. Si jamais les explications de ce dernier n'étaient pas satisfaisantes, ils mourraient tous deux, lui et Phénicia, dans les instants à venir. Mais il était sûr de lui, car il connaissait la vérité. Une vérité qui risquait de surprendre tous ceux qui étaient présents.

- Ce pendentif est le symbole de la royauté d'Euphor. Il m'a été transmis par mon père, avant que celui-ci ne périsse sous les coups des troupes de Véga et de leurs unités d'élite, la Division Ruine. Ces termes ne vous sont pas inconnus, n'est-ce pas ?

Le meneur était stupéfait. Si Actarus avait bien dit la vérité, Messilas n'avait quant à lui pas l'intention de s'arrêter là. Il avait les poings serrés et était visiblement en colère, ce qui ne faisait qu'accentuer ses difficultés respiratoires. Il s'adressa au meneur en hurlant.

- Ne l'écoute pas ! C'est un imposteur ! Un menteur ! Il a très bien pu s'emparer du pendentif pendant l'attaque des forces de Véga. L'attaque des gens de sa race ! Il ne reste plus beaucoup de survivants sur Euphor ... et tout ça par leur faute ! Par SA faute !

- J'en suis pleinement conscient, répondit Actarus. Le roi d'Euphor et la reine Astrida ont péri sous mes yeux, alors que le palais royal était dévoré par les flammes. J'ai essayé de les défendre comme je le pouvais. En vain. A l'extérieur, les monstres d'acier ont tout ravagé. Tout n'était que chaos. Des milliers de gens sont morts et je n'ai rien pu faire pour les sauver.

Actarus avait du mal à cacher son émotion. Il baissa la tête et garda les yeux clos. Le meneur l'observa avec attention. Il semblait trop sincère pour mentir.

- Qui es-tu donc pour parler de cette façon de la destruction d'Euphor ? Aurais-tu vécu ici, parmi nous, le jour où c'est arrivé ?

- Vous avez vu le pendentif qui est en possession de ma s½ur. Laissez-moi à présent vous montrer autre chose. Vous pouvez néanmoins garder vos armes en mains pour vous tranquilliser.

Il sortit alors son propre pendentif. Le meneur fut stupéfait par ce qu'il venait de voir. Actarus reprit la parole.

- Je suppose que vous avez reconnu ce dont il s'agit. Ma s½ur en avait un strictement identique. Nous avons été séparés durant l'une des dernières attaques que nous avons subi. Notre précepteur a heureusement veillé sur elle et a réussi à s'enfuir à bord d'une des navettes royales. En agissant de cette façon, il lui a ainsi permis de survivre.

Une des femmes du groupe descendit de l'estrade de fortune qui surplombait le parvis et se dirigea vers eux. Elle devait bien avoir une quarantaine d'années. Elle avait le teint pâle et de longs cheveux bruns, ainsi que des yeux d'un vert profond. En dépit de sa tenue vestimentaire, elle dégageait une certaine prestance. Elle avait côtoyé la famille royale depuis plusieurs années déjà. Elle s'appelait Eolia.

Elle regarda Actarus fixement, puis le pendentif qu'il tenait dans la paume de sa main. Elle aussi avait reconnu de quoi il s'agissait. Elle prit la parole à son tour.

- Je sais moi aussi de quoi il s'agit, fit-elle d'une voix douce. Il n'existe que deux pendentifs semblables à celui-ci. La reine Astrida les avait offerts à ses deux enfants, peu de temps après leur venue au monde. Il y a bien longtemps de cela ... Mon Dieu ... est-ce possible ?

- Que veux-tu dire, Eolia ? fit le meneur, intrigué.

- C'est impossible, répétait-elle. Je ne peux pas y croire ...vous êtes donc bien vivants ... et vous avez réussi à survivre à cet enfer ...

Eolia n'eut pas la force d'ajouter quoi que ce soit. Elle se contenta juste de regarder Actarus. Son regard se posa ensuite sur Phénicia, qui s'était entre temps relevée. Elle sentait les larmes couler sur ses joues. Elle ne parvenait pas à se persuader de l'identité des deux jeunes gens qui se trouvaient devant elle. Elle s'avança en direction d'Actarus et lui saisit les deux mains. Elle les serra très fort.

- Mon Dieu ... c'est insensé ... jamais je n'aurais pensé vous revoir, prince Actarus. Ni vous, princesse Phénicia ... Excusez-moi ... mais je ne sais que dire. C'est un miracle.

- Je ne sais pas si c'est un miracle ... mais votre visage ne m'est pas étranger. C'était il y a si longtemps de cela. Quatre ans se sont écoulés entre l'invasion d'Euphor et notre retour. Nous n'étions pas sûrs de ce que nous allions trouver ici. Mais le fait qu'il y ait des survivants me comble de joie.

Actarus ne put s'empêcher de verser une larme à son tour. Ils ne seraient plus seuls. Tous les autres membres du groupe n'avaient pas manqué un instant de cette scène. Eux aussi étaient sous le choc. Ainsi, ils n'étaient pas les seuls à avoir survécu à la barbarie de l'occupant. Deux des membres de la famille royale d'Euphor, les uniques rescapés, en avaient fait autant. Et maintenant, ils étaient là, devant eux. Tous baissèrent leurs armes et se précipitèrent dans leur direction. Comme l'avait dit Eolia, c'était un véritable miracle.

Le meneur avait lui aussi baissé son arme et échangea une poignée de main franche avec Actarus, alors qu'Eolia n'avait pu réprimer ses larmes en serrant avec insistance les deux mains de Phénicia qui pleurait de joie également. Le meneur prit la parole.

- Jamais je n'aurais espéré une telle chose. Le fait que vous soyez en vie, prince Actarus, princesse Phénicia, est un authentique miracle. Je vous prie d'accepter, en mon nom et au nom de tous ceux ici présents, toutes nos excuses pour la façon dont nous vous avons accueillis. Mais la présence de Goldorak n'était pas faite pour nous rassurer ...

- Ce n'est rien, répondit Actarus, la gorge nouée. Vous ne pouviez pas connaître la vérité. Goldorak avait également participé à l'attaque contre notre peuple. Il avait causé bien des dommages et fait de nombreuses victimes. Vous ne pouviez pas non plus savoir que j'avais réussi à m'emparer de cet engin de mort pour essayer de revenir vous défendre. Je n'y suis pas arrivé. C'est à moi de vous demander pardon.

- Votre attitude vous honore, prince Actarus. Mais dites-moi, pourquoi être revenu sur Euphor ? Que pensiez-vous découvrir en revenant sur cette terre désormais dévastée et sans vie ...

- Si je suis revenu, c'est pour une seule et bonne raison. Ma place est ici, sur Euphor. Et mon devoir est d'en refaire la magnifique planète qu'elle était autrefois. Bien des mondes environnants ont subi le même sort que notre planète. Je ne sais pas si elles renaîtront de leurs cendres un jour, mais je me suis promis de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'Euphor redevienne la planète douce et heureuse que nous avions tous connue.

- Mais, prince Actarus, nous ne sommes pas l'abri d'une nouvelle invasion des troupes de Véga ... lança un des hommes se tenant à proximité.

- Ils ont raison, prince Actarus, reprit Eolia, visiblement inquiète.

Actarus la regarda fixement. Il comprenait leurs craintes, leurs doutes.

- Si vous faites référence au Grand Stratéguerre, je ne pense pas qu'il reviendra. Il est mort. Mort au combat, en ayant tenté d'établir un nouveau royaume de Véga sur la planète qui était devenue ma terre d'adoption. Une terre qui, par bien des côtés, ressemble étonnamment à notre planète et sur laquelle j'ai gardé des êtres qui me sont chers.

Il ferma les yeux, durant quelques instants, pour reprendre par la suite le fil de sa pensée. Face à lui, Eolia avait presque immédiatement compris à quel point il s'était attaché à cette planète et à ceux qui l'habitaient.

- Le Grand Stratéguerre n'a pas été le seul à mourir, malheureusement. D'autres victimes innocentes, comme la princesse Végalia, ont été victimes de sa folie.

Il ferma les yeux de nouveau. Le simple fait de repenser à ces évènements tragiques lui était très pénible et ceux qui l'entouraient l'avaient compris.

- Cette guerre sanglante et inutile a déjà fait bien assez de victimes, partout dans l'univers. Je suis heureux qu'elle se soit enfin terminée. Bien des planètes conquises sont elles aussi en train de retrouver leur indépendance. Même si nous ne pourrons jamais oublier les blessures du passé, il est temps désormais de nous tourner vers l'avenir. Ce ne sera pas facile, je le sais. Nous avons tous perdu des frères, des parents, des amis ...mais nous conserverons toujours leur souvenir dans nos c½urs.

Il avait du mal à contenir son émotion et parlait avec de plus en plus de difficultés.

- Reconstruire Euphor sera un processus lent et difficile. La tâche qui nous attend est énorme. Aussi, je vous demande, si vous le souhaitez, de m'aider, Phénicia et moi à faire en sorte que nous puissions de nouveau y vivre en paix. C'est à vous de décider.

Les premières réponses ne se firent guère attendre.

- Je vous aiderai, prince Actarus. De toutes mes forces ! fit le meneur.

- Je vous aiderai également, prince Actarus, et vous aussi, princesse Phénicia. Votre retour parmi nous est un merveilleux cadeau, auquel nous n'aurions jamais songé. Je ne pense pas me tromper en vous disant que nous tous, ici présents, sommes d'accord pour vous aider à remplir cette tâche, ajouta Eolia, qui avait toujours les larmes aux yeux.

Elle avait raison. Tous répondirent par l'affirmative et se dirigèrent vers eux. Ni Actarus, ni Phénicia, ne purent retenir leurs larmes. Il la serra contre lui. « Tu entends, petite s½ur ... écoute-les ... tous ceux qui sont ici ont survécu à la bestialité des forces de Véga ... c'est à nous maintenant de nous montrer dignes d'eux. ».

Désormais, tout était possible et ils pourraient enfin tout recommencer.
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#Posté le dimanche 21 juin 2009 00:45

Modifié le dimanche 24 octobre 2010 03:52

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